• À quatre pattes

    Aaah l'air girondin fait des miracles. En arrivant chez mon poto Lloc, j'ai innocemment lancé un "On pourra se faire un 20 bornes ?", en sachant très bien qu'une fois dit, faut le faire. J'étais à la fois submergée de doutes, et totalement confiante dans les capacités de motivation de mon mentor. Par ailleurs, cet entrainement s'inscrivait dans le cadre de la préparation pour le trail urbain de Lyon : 23 km et pas mal de dénivelé, que malheureusement je dois annuler pour raison professionnelle.

    Après un weekend totalement déjanté et le maigre repos du lundi, nous voilà partis mardi soir à la conquête de mon record de distance, pour un tour d'un peu plus de 22 km.

    Ça commence mal, des problèmes digestifs prennent très vite une place délicate dans mon ventre. Les jambes sont là, mais chaque descente me secoue le bide comme si j'étais un œuf kinder. Heureusement, ça va un peu mieux dans les montées et sur le plat mais c'est quand même pas la panacée. Absolument rageant d'autant que tout le reste fonctionne à merveille ! J'essaie de me concentrer sur autre chose, la compagnie joyeuse de mon poto et la magie du paysage encore ensoleillé rendent les douleurs à peu près supportables.

    À quatre pattes

    À quatre pattes

    Au bout d'un long moment je finis par contourner un petit cimetière isolé, l'endroit et le timing sont parfaits pour me délester de mon problème.

    À quatre pattes

    Le sourire aux lèvres, je retrouve la route avec entrain. Les jambes sont toujours là, mon poto aussi, la partie de plaisir peut alors commencer. Légère accélération par rapport à la première moitié de la sortie, je n'ai pas du tout l'impression d'avoir couru 10 kilomètres. On ne parle pas beaucoup mais on est bien là, je me ressource autant que possible en m'imprégnant des coteaux, des senteurs de la campagne et de la compagnie de mon ami. Le crépuscule commence à tomber, tout doucement, et une autre ambiance s'installe.

    Les kilomètres passent au rythme de mon bip GPS. Chez moi, je ne l'entends que rarement ce bip, à cause du vent. Ici, il résonne fort, je compte inconsciemment la distance et au quinzième kilomètre, c'est l'explosion de joie : j'ai atteint mon record de distance, et j'en ai encore dans les pattes !

    Réjouissance à deux voix, je me sens invincible. Pas pour longtemps : mon corps me rappelle ses limites, gentiment mais fermement, et ma foulée se met sournoisement à ramollir et à s'écraser, mon dos se raidit, ma volonté veut se faire la malle.

    Pas question ! Prise de conscience corporelle, on se redresse, on dynamise tout ça, faut avancer dignement bordel !

    Accélération, je suis une machine, je voyage dans des limbes de mon cerveau encore jamais explorées au cours ma petite vie de coureuse. Ce moment, je le passe seule. Je ne peux pas expliquer pourquoi mais pendant une certaine distance, un certain temps, c'est comme si tout autour de moi disparaissait : même mon corps s'efface. Malheureusement, c'est un état bien fragile et une cassure de rythme (un crachat à évacuer) me fait redescendre sur mes jambes, ouah ! Quel voyage !

    L'arrivée n'est plus très loin mais mon ami, prévenant, m'avertit : le plus dur c'est pour la fin. Chaque petite côtelette me parait alors comme une montagne : "C'est celle-là, la méchante ? – Mais noooon, ça c'est de la rigolade !".

    Il fait maintenant nuit. Je ne vois plus les côtes, je ne les sens plus non plus, d'ailleurs. Tout ce que je sens c'est mes jambes qui me donnent l'impression d'être sur le point de se déboiter à chaque foulée. Par prudence, j'aborde une descente assez raide en marchant, ce sera mon seul moment de faiblesse, puis voilà la dernière épreuve.

    Le fait de ne rien voir m'a bien aidée à la gravir, cette montée. Mon poto ne veut pas perdre le rythme, il grimpe puis disparait dans l'obscurité. Je tiens le coup, j'avance lentement mais toujours en courant et je savoure ce moment de solitude en pleine nuit dans une campagne inconnue. J'écoute le silence, je sais que mon poto m'attendra plus haut, quel bonheur !

    Je ne sais pas jusqu'où il a grimpé mais le voilà qui redescend pour me retrouver, ça c'est courageux ! Nous franchissons ensemble le dernier obstacle, on lui fait la peau à cette butte, la dernière descente est surréaliste, puis c'est le plat. Je suis molle, liquéfiée, les quelques centaines de mètres qui restent à parcourir sont interminables mais on ne se laisse pas abattre, hein ! Faut rentrer au village comme des combattants alors c'est reparti pour la dernière accélération.

    22,5 kilomètres, 2h30.

    À quatre pattes

    La bière fut consommée, la nuit fut bonne.

    À quatre pattes

    « Theo Mercier, DesperanzaPetit break printannier »

    Tags Tags : , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Dimanche 31 Mars 2013 à 16:09

    Bravo Capsulle pour cette belle sortie campagnarde !

    2
    Dimanche 31 Mars 2013 à 17:38

    Bravo pour cette distance, nouveau record qui te voit allonger da distance de manière significative...  Cette expérience te sera très utile pour la gestion de course quand tu augmentes encore plus tes distances.  Tu verras, la distance est sympa quand on a le niveau, ça fait vraiment evaquer le stresse pendant un bon moment...

    3
    Dimanche 31 Mars 2013 à 18:16
    Jo'Run

    Très beau récit pour une jolie sortie à la campagne ! Bravo pour ton record de distance ;)

    4
    Lloc Profil de Lloc
    Lundi 1er Avril 2013 à 08:15

    C'est beau ce que tu écris ! Caps, reviens quand tu veux, ces moments, toi, vous me manquez déjà !

    5
    Capsulle Profil de Capsulle
    Lundi 1er Avril 2013 à 10:22

    Eh oui... dur dur le retour dans ma grisaille et mes briques. Pas trop la motivation de courir, non plus, pour le moment. Je crois que je suis encore en récup !

    6
    Lloc Profil de Lloc
    Lundi 1er Avril 2013 à 11:38

    ben alors ! Au boulot bordel !

     

    7
    Mardi 2 Avril 2013 à 08:02
    Laurent Court

    De 15 à 22.5, c'est une sacrée progression d'un coup, bravo!!

    8
    Capsulle Profil de Capsulle
    Mardi 2 Avril 2013 à 09:45

    Oui, bon je ne vais pas remettre ça toutes les semaines pour le moment, mais au moins je sais que j'en suis capable.
    Merci d'être passé !

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :