• Au suivant !

    L'aventure commence ce dimanche matin, vers 11 heures. Nous partons pour une sortie de 6 heures, Peter en course uniquement, moi en alternance vélo/course. Lui s'entraine pour des ultras à venir, proches et lointains. Moi je m'essaie dans le rôle de suiveuse et j'attrape au passage une petite séance de dénivelé en nature, c'est toujours bon à prendre.

    Nous prévoyons de nous rendre à Kemmel selon le plan suivant :

    1-      Arriver en bas du mont par les petites routes sans circulation. Peter court, je roule à ses côtés en assurant ses besoins en ravitaillement. Distance prévue : 13 km. Temps estimé : 1h30.

    2-      Laisser le vélo. Nous courons tous les deux en nous répartissant la charge à porter. Pas de distance prévue, juste un temps limité à 3 heures.

    3-      Retour au bercail en suivant les mêmes modalités qu'à l'aller : je roule, Peter court. Temps estimé : 1h30.

    Les contraintes logistiques, même peu nombreuses, doivent être prises en compte :

    - Prévoir et transporter l'eau et l'alimentation pour deux (enfin… pour un et demi, je ne consomme quasiment pas pendant l'effort).

    - Penser mon équipement pour ne pas avoir trop froid en vélo ni trop chaud en courant.

    - Organiser le matériel pour garder le plus important à portée de main.

    La variable d'ajustement, c'est le temps de course à Kemmel puisque l'aller/retour est incompressible.

     

    Bien sûr, je prends tout ça un peu à la légère : ça ne pourra jamais être pire que mon premier trail en montagne que j'ai bouclé en 6h30. J'ai juste peur d'avoir froid en vélo, notamment aux pieds et aux mains. Surtout aux pieds, en fait.

     

    Au suivant !

     

    Dans mon sac : nos k-ways, un gilet fluo, quelques litres de flotte, une trousse de secours et une couverture de survie, du saucisson et des abricots secs, mon téléphone, mon appareil photo et l'antivol du vélo. Dans le ceinturon que je porte aussi en roulant : du coca, des barres de céréales, le téléphone de Peter, la frontale.

    Tout ça pèse son poids, la flotte surtout. J'en ai bien 4 litres et demi, le coca en plus… Mais c'est rien, pour l'instant je suis à vélo donc ce n'est pas un problème, et lorsque nous courrons à deux je lui rendrai son ceinturon.

    Itinéraire en main, je guide mon coureur à travers la campagne flamande.

     

    Au suivant !

     

    Il me faut plusieurs essais avant d'anticiper correctement la distance à prendre pour préparer ce dont il a besoin. C'est qu'il avance, mine de rien ! J'ai beau le devancer pour me laisser le temps de sortir l'attirail, je m'embrouille dans les différentes poches de son ceinturon et il arrive à mon niveau toujours plus vite que prévu.

    Pour ranger et repartir, c'est la même histoire. Je ne maitrise pas son matériel et je perds du temps à des broutilles. Comme il ne connait pas la route, je dois le rattraper avant l'intersection suivante au risque de le perdre…

    Mais dans l'ensemble, tout se passe de manière satisfaisante.

    Une petite contrariété liée à un chemin tout bouillasseux – que j'ai dû prendre en descendant du vélo – et un détour pour éviter une deuxième portion beaucoup trop grasse pour mon VTC, nous amènent à rallonger l'itinéraire et à laisser le vélo à un autre endroit que celui initialement prévu.

    Temps mis à l'aller : 1h40.

     

    Là j'attache le vélo et j'enlève deux ou trois habits, je laisse le ceinturon à Peter, et nous partons pour quelques ascensions du Mont.

    Evidemment, on n'a pas le même niveau et j'ai du mal à suivre mon champion. C'est l'occasion pour lui de faire quelques aller/retours en plus, il ne peut pas s'arrêter car le vent refroidit  quiconque aurait le malheur de rester immobile plus de trente secondes. D'ailleurs, les ravitos saucisson se prennent à la va-vite, deux ou trois rondelles à chaque fois qu'on arrive au sommet et on repart.

     

    Au suivant !

     

    Nous décidons de revenir au vélo plus vite que prévu : il faut en effet prendre en compte le retard pris sur l'aller, le temps de me rhabiller, et la fatigue du retour, quitte à rallonger un peu le parcours si on n'a pas nos 6 heures une fois revenus sur nos pas.

    Temps de course à Kemmel : 2h15.

     

    Je suis bien heureuse de remonter sur mon biclou, courir le ventre vide et le dos chargé m'a foutue bien à plat !

    Peter en est à 4 heures de course, lui. Pfiouuu, quel courage !

    Le retour s'annonce difficile, le froid tombe sournoisement et la fatigue commence à se faire sentir. Nous empruntons un itinéraire un poil différent de l'aller : je ne voudrais pas embarquer mon guerrier dans un plan foireux et je préfère rallonger le parcours d'un ou deux kilomètres plutôt que de nous perdre dans le dédale des petites routes flamandes.

     

    Au suivant !

     

    Un passage très venteux en haute plaine sape le moral de mon compagnon et achève de le refroidir. En plus, c'est un faux plat sur quelques kilomètres.

    Moi aussi je me refroidis méchamment aux extrémités mais au moins, je n'ai pas à fournir d'effort. C'est la lassitude qui commence à pointer son nez, je cherche une connerie à raconter pour booster Peter mais ça ne vient pas.

    Finalement, on avance quand même et il ne veut rien lâcher, tête de bourrique ! Je lui propose le vélo à plusieurs reprises mais non, il veut aller jusqu'au bout. Et il y arrive. Bravo !

    La sortie a duré 6h01, elle a été un peu gâchée sur la fin à cause d'un grave manquement à mon rôle de suiveuse puisque j'ai perdu la sacoche qui contenait le téléphone de Peter et la frontale. Heureusement, nous avons filé en voiture jusqu'à l'endroit supposé de la perte, et nous l'avons retrouvée…

     

    Moralité de l'histoire :

    Toujours apprivoiser le matériel inconnu avant de partir. Répéter les gestes jusqu'à les maitriser parfaitement. Vérifier systématiquement l'intégralité de l'équipement. Cela évitera les pertes de temps, et les pertes tout court…

     

    Et maintenant, un point concernant l'autonomie en course à pieds : pour moi c'est le but ultime à atteindre. En ultra bien sûr. Alors oui, j'en suis loin. Je le sais. J'y travaille. À mon rythme.

    Pour atteindre cet idéal, deux choses me paraissent indispensables (en plus de savoir courir, bien sûr) :

    - porter son chargement,

    - et tenir le plus possible avec le moins possible.

    En d'autres termes, j'apprends à courir avec un sac, et en me ravitaillant au minimum.

    J'ai bien senti que mon corps manquait de carburant lors de cette sortie, surtout dans les montées, lorsque les muscles ont tiré plus qu'à l'ordinaire. Je pense qu'il faut régler le problème non pas en mangeant plus, mais en habituant le corps à travailler dans ces conditions.

    J'y travaille en excluant la prise de gels ou autre amuse-bouche pour mes sorties de deux ou trois heures, je mange le moins possible aux ravitos proposés lors des courses (mais ça c'est dur, gourmandise oblige…), je me limite à quelques rondelles de saucisson et deux ou trois fruits secs pour les sorties plus longues.

    Quant au sac, d'aucun diront que je suis systématiquement trop chargée… Ce qui pèse le plus c'est l'eau, difficile d'en réduire le volume sans risquer d'en manquer ! Je dois apprendre à ne pas surévaluer mes besoins et à trouver le compromis entre poids et confort.

    Tout ça en allongeant progressivement les distances… Quel programme ! Faut-y pas être maso ???

    « Esprit, es-tu là ?Vous reprendrez bien un coup de mou ? »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 25 Novembre 2013 à 19:24
    Marathman
    L'apprentisage suit son court...
    Bravo à vous deux :-)
    Fabien
    2
    Lundi 25 Novembre 2013 à 20:00

    ça suit, ça suit... comme on peut ! On n'est pas pressé, hein !

    Merci d'être passé

    3
    Lundi 25 Novembre 2013 à 21:42

    Très bien.

    Très bien aussi de partir du principe qu'il faut adapter le corps à l'effort plutôt que de l'assister avec des produits qui sont essentiellement du glucose, donc des sucres rapides donc des sources potentielles d'hypoglycémie.

    Le corps est parfaitement capable de fournir un effort intense en mangeant très peu.

    Quant à l'eau, c'est l'ultime tabou.

    On commence à entendre des voix discordantes et scientifiques qui contredisent le discours dominant, par exemple sur l'excellent site de la clinique du coureur : http://www.therunningclinic.ca/blog/category/hydratation/

    D'abord, se déshydrater n'est pas une maladie.

    "Oh lala ! Si vous ressentez la soif, c'est que votre processus vital est en jeu, il faut boire toutes les 10 minutes !!!!" (c'te blague)

    Plutôt que d'anticiper sur les besoins du corps en buvant en permanence comme on nous le recommande dans "les media autorisés" qui font du copier/coller de copier/coller, il vaut mieux reconnaître les signes de la soif quand ils sont là. Et les signes malgrè la légende urbaine ils existent et ne sont pas synonyme de "trop tard".  Car quand on a besoin de boire et qu'on satisfait ce besoin, le besoin disparaît et tout rentre dans l'ordre. La reconnaissance des signes envoyés par le corps fait partie de l'entraînement (en tous cas pour moi).

    Mais bon, la peur ça fait vendre de l'équipement, du conseil, des "boisssons de l'effort" (à se demander comment font les Kalenjins qui n'ont déjà pas les moyens de s'acheter une paire de running) pour devenir aussi bons sans tous les conseils diététiques des spindoctors de l'industrie de la malbouffe infiltrée dans le sport...

    Je considère le triathlon comme une discipline intéressante car les athlètes y sont très créatifs, ils expérimentent beaucoup et adaptent le matériel à leurs besoins en dehors du business des équipementiers sportifs qui les considère comme des extrémistes.

    Les Ultras qu'ils soient sur route ou sur chemins ont un esprit similaire mais l'expérimentation est plutôt basée sur les limites du corps humain. Il y a aussi une forme de créativité, et les résultats contredisent beaucoup d'idées reçues et acceptées sans discernement depuis de trop nombreuses années. Et c'est une bonne chose. Et la aussi le business du sport les considère comme des sortes de fous.

    Vous avez un bon esprit tous les deux et j'aime beaucoup lire ce blog. Faîtes des expériences et continuez à en faire part à vos lecteurs.

     

    4
    La bourrique.
    Lundi 25 Novembre 2013 à 23:44

    ...Nous voilà partis pour 6h ! ...et sur le retour je prends 1 ou 2 kms de plus ... elle est terrible ! J'adore ! Tu as assuré. Bravo...

    5
    Mardi 26 Novembre 2013 à 11:19

    Bonjour Karuiashi,

    Merci pour tes encouragements. Je partage tout à fait ton point de vue sur les besoins créés par les équipementiers et j'ai toujours rejeté en bloc la prise de gel machin ou boisson truc. Même quand c'est gratuit.

    Pour l'hydratation c'est un peu plus compliqué, chacun a ses propres besoins et les miens sont plutôt élevés. Le symptôme caractéristique qui m'indique que je n'ai pas assez bu pendant une course est un mal de tête, assez semblable à celui d'un lendemain de cuite, qui survient quelques heures après l'effort, parfois le lendemain, avec une sensation de "machine mal huilée". C'est assez désagréable, toutefois ça passe à grands coups de flotte.

    Bien sûr il est techniquement possible de passer quelques heures sans boire ni manger, mais à moins d'y être contrainte pour des raisons indépendantes de ma volonté, je privilégie une hydratation suffisante.

    Enfin, je ne peux pas lire les deux dernières lignes de ton com sans mentionner les personnes grâce à qui j'ai pu évoluer vers ce "bon esprit" en les prenant comme exemple ou source d'inspiration (ordre purement alphabétique) : Christian, Daniel, Fabien, Guillaume, Lloc, Olivier P., Peter, Sandra, Solarberg,

    et le blog d'un type qui repousse les limites de son corps à l'extrême :

    https://aalkab.wordpress.com/2013/10/01/virgil-crest-100/

    Au plaisir de te lire à Trukipikland,

    6
    Mardi 26 Novembre 2013 à 19:11

    C'est tout droit! Mais manger et boire il faut sinon tu vas de travers :p
    Besos.

    7
    Mardi 26 Novembre 2013 à 19:39

    Oui oui, on en reparlera au Médoc !

    8
    Mardi 26 Novembre 2013 à 20:43

    le médoc, une autre histoire

     

    9
    Vendredi 29 Novembre 2013 à 21:02

    Bravo à vous deux pour cette belle sortie, Kemmel c'est pas en Belgique?

    10
    Vendredi 29 Novembre 2013 à 21:22

    Si, c'est bien en Belgique. J'habite tout juste à la frontière... C'est le mont le plus proche de chez moi.

    11
    rapla
    Mercredi 22 Janvier à 09:30

    Salut

    Revenez aux fondamentaux, bouffez le soir, te charge pas comme une truie, faut rouler leger poulette.

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