• Born to run, Christopher McDougall

    Born to run, Né pour courir

    Soyons claire : j'ai été très déçue par ce livre. Il fallait pourtant s'y attendre, les bestsellers sont faits pour plaire au plus grand nombre quitte à rogner un peu (beaucoup ?) sur la qualité de la narration ou l'intérêt du sujet.

    Quelles sont donc les causes de ma déception ?

    La toute première résulte certainement d'un décalage entre ce que j'attendais après en avoir lu tant de bonnes critiques, et la réalité.

    Mais il me faut un peu plus qu'un décalage pour trouver un livre mauvais. J'ai même attendu de l'avoir digéré depuis quelques semaines pour exprimer mon opinion à froid.

    Là, il est très clair que ce qui, à mon sens, fait un bon livre n'est pas du tout au rendez-vous : la narration, le style d'écriture laissent fortement à désirer, et on ne peut pas tout mettre sur le dos de la traduction.

    On trouve notamment :

    - Des descriptions dignes des plus grands chefs d'œuvre Arlequin : "Son menton se relève, ses poings se ferment, ses cheveux flottent autour de son visage comme sous l'effet d'un vent d'altitude, sa frange laisse apparaitre ses yeux de fauve."

    Waouh, terrible n'est-ce pas !

    - Des faux suspens qui agacent plus qu'ils ne tiennent en haleine : "À cet instant j'aurais dû la fermer […], jamais je n'aurais imaginé que les dix mots qui allaient sortir de ma bouche auraient autant de conséquences désastreuses."

    Je les cherche encore, les conséquences désastreuses de ses malheureuses paroles. Ah si, ils étaient bourrés ? Quel drame !

    - Des dramatisations à couper le souffle : "Soudain, son estomac se contracta si brutalement qu'elle pu à peine respirer. Elle avait compris. Ce n'était pas la chaleur qui faisait passer Billy pour un fou. Il avait l'air cinglé parce qu'il ne voulait pas admettre la vérité : il n'y avait aucun moyen de s'en tirer."

    Rien que ça ? Mais siiiii, ça va aller…

    - Et pire que tout : il manque l'essentiel, l'intrinsèque, ce qui se passe dans les tripes d'un coureur de cette trempe qui transgresse ses propres limites. Rien sur le sujet alors que c'est l'un des thèmes majeurs de l'histoire. Là où il y aurait matière à tenir le lecteur accroché aux pages, pas un mot. Je suis restée sur ma faim.

    Vous l'aurez compris, je n'accroche pas du tout au style narratif et j'attendais bien plus d'un roman qualifié de "Bible des coureurs", excusez du peu, par toute la communauté des barefooteurs.

    Alors quand même, il y a des trucs bien dans ce livre et il serait injuste de ne pas les évoquer :

    - Le sujet en lui-même serait intéressant s'il n'était pas traité avec autant de guimauve (comme ils sont forts ! et ils sont gentils ! et ils sont sages ! et ils ont un mode de vie si parfait ! et…).

    - Les parties un peu plus axées sur la documentation et les sciences ont capté tout mon intérêt. On y trouve notamment des hypothèses anthropologiques quant à l'aptitude des êtres humains à courir longtemps (hypothèses évoquées mais non vérifiées), on apprend comment et pourquoi est apparue la toute première chaussure à amorti, on découvre les mécanismes de la chasse à l'épuisement.

    Je crois que McDougall devrait définitivement s'en tenir à ce type d'écrit.

     

    Voilà donc un livre bien décevant, qui a simplement le mérite de mettre un peuple et sa façon de vivre en parallèle avec des coureurs de fonds qui sont de purs produits de nos sociétés occidentales. Un peu trop orienté à mon gout : les gentils contre les méchants, ceux qui ont raison contre ceux qui ont tort, les gens heureux contre les gens malheureux, bref tout cela me semble un peu trop gentillet pour être parfaitement crédible.

    Mais rassurez-vous : ce livre se lit quand même facilement, comme on se plonge dans une aventure un peu romancée. Il suffit de bien vouloir jouer le jeu.

     

    « Il faut un début à tout : quelques chiffresQuelques pas dans la neige... »

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 10 Janvier 2013 à 13:34
    J'ai aussi ressenti ce dont tu parles à propos de la romancisation un peu mièvre de cette histoire.
    Je crois que je n'ai retenu machinalement que les aspects techniques de cet ouvrage qui sont tout de même bien traités.
    Ah zut, je viens de me relire. J'ai écrit "récits de course...captivants..." Pris en flag' !
    2
    Jeudi 10 Janvier 2013 à 17:47

    Je suis content de lire ton CR car j'avais envie de l'acheter, ici beaucoup moins maintenant

    3
    Capsulle Profil de Capsulle
    Jeudi 10 Janvier 2013 à 18:04

    Ce n'est que mon point de vue... L'idéal étant de te le faire prêter, après tu verras si tu le veux dans ta bibliothèque ou pas.

    4
    Mercredi 23 Janvier 2013 à 14:14

    Merci pour ce compte rendu honnête et réaliste, c'est ce qu'on recherche. J'avais entendu d'autres critiques sur ce bouquin, qui aurait pu intéresser ma curiosité, mais finalement mon porte monnaie me remerciera :)

     

    5
    zid
    Dimanche 27 Janvier 2013 à 22:32

    Tout à fait d'accord avec Capsulle!

    La narration est vraiment dur à digérer on ne comprend pas tout, c'est décousu, on attend un suspens qui ne viendra jamais, l'auteur laisse à penser qu'il détiend la vérité absolu, sans nuancer ses propos sur les bienfaits du minimalisme;

    Le plus intéressant est la partie technique avec les études à l'appui.

    6
    Gaetan
    Lundi 9 Juin 2014 à 12:11

    Bonjour,


    je l'ai lu en anglais, et rien ne m'a choqué dans le style. Peut-etre la traduction est-elle médiocre? Peut-être mon anglais l'est il aussi et que je n'ai pas relevé ces tournures un peu forcées? Quoi qu'il en soit, j'ai beaucoup apprécié ce livre, non pas pour son style, mais pour l'approche très différente de l'auteur vis-a-vis de la course, comparée aux récits pour la plupart fort maigres que l'on lit sur tant de blogs. Enfin un livre entier, avec une réflexion poussée, sur la course. 


    Je suis en train de lire le livre de Rich Roll, un triathlete americain. Le livre comporte lui aussi beaucoup de défauts, notamment celui d'être très américain (peut-on reprocher à un américain de l'être, je me le demande..). Mais lui aussi constitue une réflexion très chouette sur la course et le mode de vie qui en découle. 


    Parfois, c'est ce qu'il manque aux francophones : un peu de rêve et de naïveté. A force de ne croire en rien, on critique beaucoup, et finalement on ne produit rien. 


    Je suis d'accord avec vos remarques, elles sont toutes justes. Mais selon moi, il faut savoir passer à côté de certains défauts, sinon on se ferme à tout et on s'empâte dans la râlerie.


    je vais essayer de lire le livre de Stefaan Engels, peut-être sera t-il plus proche de nos valeurs européennes. 


    Ceci dit, merci pour la critique, et bonne journée.


     


     

    7
    Mardi 10 Juin 2014 à 13:03

    Merci beaucoup pour votre avis, qui vient balancer le mien et apporter une note un peu plus objective sur le sujet. Il est vrai que cet ouvrage est très apprécié et je vous remercie d'en souligner les points forts, chose que je n'ai pas su faire...

    Merci d'être passé !

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