• Esprit, es-tu là ?

    "L'esprit commande, le corps suit."

    "C'est le mental qui prend le relais."

    "Tout est dans la tête."

    Gage de réussite dans tout ce qu'on entreprend, ce fameux Mental serait donc la clé pour pallier aux faiblesses qui nous empêchent de courir comme on le veut. Ne rien lâcher, tel est le mot du Maitre.

    Alors avec un bon mental on va au bout du monde.

    OK, facile !

    J'ai eu l'occasion de le tester, mon mental, lors de la Pévèle trail. Deux distances au choix : 18 ou 35 km. Comme je flirte – difficilement – avec les 30 depuis cet été, j'ai pensé qu'un 35 était à ma portée, et puis c'est en essayant qu'on avance.

    Esprit, es-tu là ?

    En étudiant le parcours j'ai constaté qu'il n'y avait pas de dénivelé ou très peu, genre quelques faux plats mais rien de méchant. Là j'ai su que ce serait difficile. Il est communément admis qu'en trail, on marche dans les côtes et jusqu'à maintenant, mes plus longues distances m'ont autorisé ces petits répits qui permettent de tenir le coup plus longtemps.

    Là, avec 35 km à plat on se rapproche du marathon, épreuve que j'essaierai un jour mais qui ne m'attire pas plus que ça, d'autant que je ne suis pas vraiment habituée aux longues distances qui impliquent un effort régulier et soutenu.

    Dans ces conditions, et à mon niveau, l'épreuve d'endurance va donc essentiellement se jouer au sacrosaint Mental.

     

    Mon premier objectif de course a été de tenir jusqu'au ravito situé à mi-parcours sans m'arrêter. J'ai réussi, mais j'étais déjà bien fatiguée en y arrivant.

    Je savais que le plus difficile était à venir.

    Le second objectif était plus flou, imprécis. J'avais bien conscience que je ne pourrais pas tenir le reste du parcours sans marcher mais n'ayant aucun repère précis, j'ai avancé au feeling, sans aucune notion de temps ou de distance.

    Je trouve que c'est très difficile de n'avoir aucun repère, aucun but précis. Je me suis demandée pourquoi j'avançais, j'ai cherché quelque chose à quoi me raccrocher mais je n'ai pas trouvé. Et c'est là que les défaillances sont apparues.

    Est-ce que le Mental s'est fait la malle, ouvrant une brèche à ce fainéant de Corps qui a imposé sa propre loi ?

    Ou est-ce que le Corps, se trouvant au bout de ses limites, a obligé le Mental à revoir ses exigences à la baisse ?

    En tout cas, après le 20è j'ai été obligée de m'arrêter, à cause de ces crises respiratoires que je n'arrive pas encore à gérer.

    Elles ont ponctué une bonne partie du parcours, j'ai alterné marche et course parce que je n'avais pas le choix. Et quelque part, j'étais contente de ne pas avoir le choix, cela m'a permis de marcher sans culpabiliser.

    Il est peut-être là, le problème. Je crois, en y réfléchissant et en étant le plus honnête possible avec moi-même, que je cherche – que je m'autosuggère –  des prétextes pour me reposer. Obligée de marcher parce que je ne peux plus respirer. La bonne excuse.

    Je commence à les connaitre, ces crises. Elles apparaissent aux moments les plus flous, quand j'ai l'impression que ça ne va jamais se terminer et que je ne sais pas à quoi me raccrocher.

    Je dois apprendre à les maitriser.

    Pour ce faire, j'attends patiemment que ça passe en marchant, ce n'est jamais très long : une à deux minutes tout au plus, et dès que je respire à nouveau normalement je repars en courant. Quitte à m'arrêter Volontairement quelques centaines de mètres plus loin. Histoire de montrer qui c'est le chef. Je dois reprendre le dessus.

     

    Pendant toute cette galère, j'étais la dernière avec les VTT au cul et trois coureurs devant moi, que je voyais s'éloigner de plus en plus. J'ai laissé tomber l'espoir de les rattraper, avec un petit pincement au cœur : je me fous du classement mais je préfère quand même ne pas être la dernière. Ce fut un grand moment de solitude, d'autant que je ne pouvais pas chercher de réconfort par sms amical puisque j'ai couillonnement oublié de prendre mon téléphone avec moi. Pas de pause photo, non plus. Et ces VTTistes qui ne me parlaient pas malgré mes quelques efforts pour engager la conversation !

     

    Bref, un grand passage à vide.

     

    Heureusement tout a une fin, même les galères. Les VTT m'ont lâchée avec un gentil "Bon courage !", un autre serre-file à vélo a pris le relais, il était un peu plus bavard.  Quelques kilomètres avant la fin, j'ai commencé à respirer. J'ai rattrapé une des trois concurrentes parce qu'elle marchait. En discutant avec elle (je ne double pas sans prendre le temps de discuter, solidarité des derniers oblige !), j'apprends qu'elle est blessée et qu'elle va finir en marchant. Je ne l'ai pas vue au classement.

    Puis j'ai rattrapé un couple, qui marchait également. Même chose, je papote un peu, la fille est très fatiguée et ne compte plus courir. Presque malgré moi, je me suis retrouvée devant eux, et j'ai alors essayé de terminer la course dignement.

    J'ai franchit la ligne d'arrivée.

    Esprit, es-tu là ?

     

    Maintenant, la question est : Comment orienter la suite de mes aventures ?

    Très clairement, je dois prendre le temps de maitriser les 25-30 km avant de passer à plus long. Ça ne sert à rien de se la péter sur des longues distances qu'on ne sait pas assumer.

    Je dois aussi régler le problème de mes crises. C'est dans ma tête, je le sais, et je ne veux pas me laisser faire. Elles n'ont jamais réussi à me faire abandonner, mais elles doivent disparaitre.

    Alors, le Mental dans tout ça ??? Si un mode d'emploi existe, qu'on me le donne !

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 13 Novembre 2013 à 05:45
    Marathman
    Y a aussi "No pain No gain" que j'aime bien!
    On n'a rien sans rien! La réussite dépend de l'implication que tu mets à l'entrainement . Tu y travailles également le côté mental, tu le renforces par la confiance du travail accompli...
    En attendant, ce trail est ta réussite ;-)
    Fabien
    2
    Mercredi 13 Novembre 2013 à 10:15

    Eh oui c'est ça, je veux aller trop vite mais je grille des étapes. Trop envie de jouer dans la cour des grands !

    3
    Mercredi 13 Novembre 2013 à 21:16

    Bravo, tu as été au bout et ça c'est déjà super, grace a cette course tu a de nouveau plus d'expérience pour la suite... Bonne continuation à toi.

    4
    Mercredi 13 Novembre 2013 à 23:09

    C'est tout droit!

    5
    Jeudi 14 Novembre 2013 à 06:30

    Mouahaha ! Bien dit !

    6
    oranero
    Lundi 18 Novembre 2013 à 14:10

    Le corps et l'esprit , dominant et dominé , nous avons tous vécu cette situation lors d'une compétition d'endurance . Mon premier marathon , laché , seul , mon cerveau a dicté sa loi , s'est transformé en dictateur , m'a humilié me traitant d' irresponsable et même plus que ça .... Au deuxieme marathon j'étais accompagné de deux potes , et bien figure toi que mon cerveau  a été tellement préoccupé par le comportement  des deux autres esprits , qu'il m'a laché les baskets . Conclusion personnelle : il vaut mieux courir en groupe pour obliger les neurones  à se consulter avant d'annoncer la sentence , fierté oblige . 

    7
    Lundi 18 Novembre 2013 à 14:31

    Justement, la plus grande victoire n'est-elle pas de surmonter seul(e) ses difficultés ?

    J'ai remarqué aussi l'effet "leurre" de courir en groupe, ou même avec une seule autre personne. C'est un super boost, c'est très sympa et j'aime autant courir à plusieurs que seule, mais au final ce n'est qu'un artifice. À mon sens, la véritable réussite est de parvenir au même résultat mais en étant confronté à soi-même, sans l'effet de groupe.

    Et même, lorsque je serai suffisamment forte, je me détacherai des compèts pour courir sans aucun cadre, sans aucune aide, sans aucune contrainte. Juste pour me sentir vivre.

    Merci d'être passé !

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