• Trail de la côte des Bars

    À mi-chemin entre échec et réussite, ce trail de la Côte des Bars que j'attendais avec impatience et pour lequel je me suis – de façon tout à fait exceptionnelle – sérieusement entrainée me laisse sur une note mitigée, indéfinissable et terriblement contrastée.

    J'avais réellement à cœur de porter le dossard sur les sentiers de ma région, je connais un peu ses forêts et son vignoble et je sais qu'il y a de quoi s'amuser. J'ai aussi la commodité de pouvoir dormir sur place, et le plaisir de passer quelques jours en famille, à la campagne. Quand en plus le soleil est de la partie, difficile de trouver de meilleures conditions pour aborder ces 30 km de manière sereine et détendue.

    En plus je partais relativement confiante, au vu de mes entrainements précédents. Je pensais être capable de tenir la barrière horaire, même si j'avais parfaitement conscience qu'elle était très serrée pour moi. C'est donc avec le sourire et juste ce qu'il faut de stress que je me suis rendue sur l'aire de départ.

     

    Rapidement pourtant, le discours de départ me retourne le moral. Les mots de l'organisateur, notamment au sujet de la barrière horaire, me donnent clairement l'impression que je ne suis pas à ma place ici. Je comprends sur le champ que cette course n'est définitivement pas ouverte aux amateurs de mon genre et lorsque le coup de pistolet retentit, j'ai au fond de moi un sentiment très négatif qui ne me quittera que beaucoup plus (trop ?) tard.

    J'essaie quand même de me défoncer sur la première boucle, il faut que je passe la barrière. J'ai la boule au ventre et un stress qui ne s'évacue pas, d'autant que je suis très vite larguée par le peloton et que je me sens rapidement à bout de souffle. La sanction tombe après 3 ou 4 km : crise, arrêt, reprise, chute, larmes, rechute, recrise. Je sais que c'est foutu, d'autant que je n'ai aucun plaisir à courir dans ces conditions. J'arrête alors de me dépêcher, et j'abandonne l'idée de passer cette barrière coute que coute.

    J'essaie de retrouver plaisir à courir. Je trottine, je respire, je profite de la forêt. Les quelques dizaines de randonneurs que je croise régulièrement en sens inverse me communiquent leur bonne humeur, et sous leurs encouragements j'avance à MON rythme.

    Je ne m'arrête même pas au ravitaillement. J'ai encore de l'eau dans mes gourdes, et si j'avais ne serait-ce qu'une toute petite chance de passer la barrière, une minute d'arrêt pourrait faire la différence.

    Quelques dizaines de mètres plus loin, j'entends du cafouillage dans les branchages, et une voix m'interpelle : "C'est où la course ?" Une fille avec qui j'ai fait connaissance avant le départ s'est retrouvée coincée hors chemin, et elle galère à revenir sur le sentier. Je fais demi-tour pour l'aider et la guider, tant pis pour le chrono. Nous progressons un peu ensemble, mais je suis plus à l'aise qu'elle sur les sentiers monotraces et je finis par la laisser derrière moi.

    Les gars du 14 km qui ont pris le départ une demi-heure après nous commencent à nous dépasser. En plus de casser le moral, ça casse aussi le rythme car on est obligé de s'arrêter pour les laisser passer : de nombreuses portions du parcours ne permettent pas les dépassements…

    J'arrive en terrain familier, je reconnais la fin de la première boucle. Je regarde l'heure : 11h01. Il me reste 9 minutes, j'ai du mal à évaluer les distances alors je me dis que c'est encore possible d'avaler ce qui reste.

    Au pied de la dernière montée, je regarde l'heure à nouveau. 11h11.

    Échec.

    Plus la peine de me presser, j'ai envie de pleurer mais la côte est rude et en haut il y a du monde. J'essaie de faire bonne figure, je suis décomposée intérieurement. Les gens applaudissent, s'ils savaient la déception, la rage au fond de moi ! Et pourtant je suis contente d'en finir, j'ai perdu, c'est la fin du jeu, point barre.

    Comme une gosse, un peu par provocation, je fais semblant de ne pas savoir et au lieu de prendre le couloir d'arrivée je continue sur le 30. L'organisateur me regarde et… il décide de me laisser passer ! Je serai la dernière à partir sur la deuxième boucle.

    À ce moment-là il se passe mille choses dans ma tête. Je n'ai pas envie de continuer mais en même temps je suis extrêmement reconnaissante envers l'organisateur de me laisser ma chance. J'en oublie de me ravitailler, on me rappelle à l'ordre : je dois reprendre des forces car la seconde boucle est plus longue et plus difficile que la première.

    Quelques quartiers d'orange et je repars.

     

     

    Les kilomètres suivants sont difficiles parce que je n'ai plus envie d'être là. J'ai perdu mon défi et avec lui, la motivation pour continuer. S'installe alors un dialogue de sourd dans ma tête.

    - J'ai perdu, je n'ai plus rien à faire ici.

    - L'organisateur t'a laissé une chance, tu DOIS continuer, il t'a fait confiance !

    - Je n'ai plus envie, je n'aurais pas dû accepter.

    - Et ta famille qui t'attendra à l'arrivée ?

    - Je les préviendrai, ça leur évitera un déplacement inutile.

    - Et ta niaque habituelle ? T'as jamais abandonné !

    - Mais j'ai perdu, ça n'a aucun sens de continuer.

    - T'en as encore sous la semelle !

    - Non, j'en ai marre. C'est encore pire que d'être fatiguée.

    Je reste sur ma position et décide d'abandonner. Les messages d'encouragement de ma Bourrique ne changeront rien à ma décision.

    Cependant, le poste de signalement tarde à arriver. Je tombe sur un photographe qui me redonne un peu de cran, ma fierté m'empêche de lui dire que j'arrête. Plus loin, une gentille demoiselle m'indique le ravitaillement qu'on peut apercevoir à 200 mètres de là, après "une descente, une petite montée, et c'est à la sortie du bois". Je jette un coup d'œil, il me semble si proche, ce ravitaillement… Je décide de pousser jusque là-bas pour voir si l'envie revient entre temps.

     

     

    C'était un piège !

    200 mètres à vol d'oiseau, mais une boucle de plusieurs kilomètres à travers la forêt pour y parvenir… Je n'y crois plus, je pense avoir pris un mauvais chemin malgré les rubans toujours bien visibles.

    De balise en balise je laisse mes pensées divaguer, j'alterne marche et course et je perds un peu la notion de temps et de distance. J'approche finalement du ravitaillement et je vois le bénévole qui finit de ranger les gobelets : les deux coureurs précédents pensaient être les derniers. On discute 5 minutes pendant que je me goinfre d'oranges, je suis à 3 km du prochain ravito et à 6 km de la fin. Au point où j'en suis ça vaut le coup de continuer… Et au fond de moi, je réalise que c'est extrêmement difficile de dire "j'arrête là".

     

     

    Le plus dur reste à venir, des coteaux très raides à travers vignes, en plein soleil, quand c'est fini il y en a encore… un raidillon dans les bois, je pousse un cri de guerrière en arrivant au sommet de celui que j'espère être le dernier.

    Je passe le dernier ravitaillement dont il ne reste plus que la pancarte, le dernier sentier assez technique à cause du dévers et des cailloux qui roulent sous les pieds… et la dernière montée. Je la connais bien celle-là, je m'y entraine assez souvent. 500 mètres…

    "Ça y est la voilà !" On peut dire que je suis attendue, on m'applaudit chaleureusement, je vois ma famille et j'entends mon nom au micro : ce même organisateur, contre qui je pestais sur la ligne de départ, me rend publiquement hommage malgré mes 5 heures de course et mon temps hors délai, j'en suis toute émue… Je ne comprends pas bien ce qui m'arrive et j'ai du mal à renvoyer la sympathie qu'on m'accorde. Je regrette un peu de ne pas m'être attardée pour échanger avec ce petit monde si aimable.

    Il me reste une drôle d'impression après cette épreuve que j'ai tant attendue et redoutée.

    Un sentiment d'échec pour cette barrière que je n'ai pas passée et pour la volonté ferme d'abandonner, chose qui se serait produite si j'en avais eu l'occasion avant de retrouver un peu de motivation. Pour ce chrono décevant aussi, j'espérais 4h30 (voire mieux), et là je dépasse les 5h.

    Mais j'ai aussi la fierté d'avoir fini quand même, et l'accueil que j'ai eu en arrivant valait bien son pesant de galère, et même plus.

    Je ne reviens pas sur mon entrainement, j'ai fait ce que j'ai pu. Le bilan est que je n'ai toujours pas le niveau d'un bon 30, d'autres plaisirs sont donc à prévoir sur cette distance avant de viser plus long...

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  • Commentaires

    1
    philippe Itrail
    Mardi 20 Mai à 16:14
    Bravo !!!
    2
    la bourrique
    Mardi 20 Mai à 20:52

    mes msgs n'ont servi à rien mais tu vas au bout yes ...

     

    3
    Lundi 26 Mai à 21:05

    Bravo a toi, tu as été au bout de cette course et rien que pour cela tu mérites le respect, tu peux être fier de toi. Bonne continuation.

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